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Les Spectacles de la Foire.
comme tels, Holtz ct Godard avaient le Commitimus. C'était habile, mais ils ne réussirent pas ; car la Prévôté de l'Hôtel les dé­bouta de leur opposition. Holtz et Godard alors en appelèrent au Grand-Conseil et y assignèrent les Comédiens français. Ceux-ci déclinèrent la juridiction en déclarant qu'ils avaient leurs causes au Parlement, et comprenant le but de cette assignation, présen­tèrent immédiatement requête au Parlement pour l'exécution de l'arrêt du 2 janvier précédent. Leurs conclusions furent adoptées dans un arrêt par défaut rendu par le Parlement contre Holtz et Godard et qui devint exécutoire faute d'opposition de la part de ces derniers. En conséquence, le samedi 2ofévrier 1709, à l'heure de la sortie du spectacle, une troupe d'acteurs, escortée d'huissiers du Parlement, se rendit à la foire Saint-Germain, dans la loge occupée par Holtz, et signification fut faite de l'arrêt qui ordonnait la destruction du théâtre. A ce moment, deux huissiers du Grand-Conseil lurent aux agents de la justice du Parlement un arrêt du Grand-Conseil rendu le jour même, qui cassait l'arrêt en vertu duquel on voulait procéder a la démolition du théâtre. Mais la force resta aux gens du Parlement, et en dépit de tout la démoli­tion du théâtre fut commencée. La nuit seule vint interrompre le travail, et les acteurs durent se retirer, suivis des huissiers. Alors Holtz reparut, et, aidé par une multitude d'ouvriers, il fit recons­truire entièrement son théâtre, qu'il ouvrit le lendemain comme si de rien n'était et dans lequel il donna une représentation, l'une des plus brillantes des annales de la foire. Le jour même, les gens du Parlement revinrent et firent complétement démolir le théâtre, sur les ruines duquel ils laissèrent des acteurs en garnison. Ils se rendirent ensuite à la loge de Godard et simulèrent un commen­cement de démolition. Holtz et Godard firent alors dresser pro­cès-verbal de ces faits et le joignirent à une requête qu'ils adres­sèrent au. Grand-Conseil auquel ils demandèrent justice. Le 14 mars 1709, cette juridiction leur donna gain dè cause et condamna les Comédiens français à 6,000 livres de dommages-intérêts et à 600 livres d'aumône. Aussitôt Holtz et Godard firent rebâtir leur